Aller retour

Œuvres romanesques complètes
La Pléiade I

Contexte :

Second roman de Marcel Aymé et premier roman parisien. 
En 1926, Marcel Aymé est revenu à Dole en convalescence chez sa tante Lea Monamy, qui l’a recueilli avec sa sœur Suzanne en 1911, peu après le décès de son mari Albert Cretin. N’ayant guère écrit, Marcel Aymé part à Villers Robert, petit village situé à 16 Kms de Dole, dans la maison de ses grands parents « La Tuilerie » où il a passé sa prime enfance et dont sa tante a hérité. Il écrit alors avec régularité (2 pages par jour en moyenne) entre la fin de l’année 1926 et les premiers mois de 1927.

« La Tuilerie » (1930) à  Villers-Robert

Le 27 février 1927, il soumet à son frère Georges un projet déjà bien avancé. Le roman est terminé le 24 mai et Marcel Aymé, lassé de la campagne, rejoint Dole. Le manuscrit est adressé à plusieurs éditeurs, à Grasset puis aux Editions de France qui le refusent. Finalement Gallimard, suivant la recommandation de Germaine Paulhan, accepte de publier le roman dont l’impression sera achevée le 12 octobre 1927.

Synopsis :

Le roman se situe à Paris, dans le 3ème arrondissement où habitent les Galuchey, dans le 4ème où travaille Justin, dans le 9ème où se trouve la maison de jeu « Le Cercle vert » – et près du Champ de Mars où vit l’oncle Suprême.
L’action débute un soir de novembre et s’achève alors que « les branches des arbres du Boulevard des Filles-du-Calvaire poussent déjà des bourgeons ».
Anti-héros, rond de cuir d’origine paysanne, terne, doux et besogneux, marié à une femme inintelligente, laide et soumise, Justin Galuchey prend soudain conscience de la médiocrité de sa vie. Il décide de sortir de cette médiocrité et de rompre avec ses anciennes habitudes. Il se rase les moustaches, s’achète un complet à carreaux et une casquette de sport, se donnant ainsi de l’assurance. Son nouveau comportement le propulse rapidement au rang de chef de service, tandis qu’il rencontre et se fait aimé de la belle et fière Raymonde. Mais l'oncle de Justin, avare et sceptique, qui trouve le couple mal assorti, manœuvre pour mettre fin à l'aventure...
Pour Justin Galuchey, personnage central du roman, la vie se partage en trois « compartiments » pour reprendre son expression :
- sa femme Apolline qui vaque aux tâches ménagères à la maison, rue des Vertus.
- son bureau chez Cosse & Cie, rue des Francs-Bourgeois.
- son amour pour la jeune et belle Raymonde qu’il rencontre chez l’Oncle Suprême, rue de la Bourdonnais et qu’il accompagne sur les champs de courses et dans des maisons de jeu.
Le « Bombé », personnage secondaire, porteur de messages entre les protagonistes de l’histoire, réussit à sortir de la misère en exerçant divers métiers.

Les thèmes :

Les rapports entre époux au sein d’un couple terne, sans amour et sans projet.
Les rapports hiérarchiques au sein de la bureaucratie de l’entre-deux-guerres.
Les réactions versatiles d’un groupe vis-à-vis de celui qui exerce le pouvoir.
La prise de conscience et la volonté d’échapper à une morne existence subie jusque là – mais l’exaltation retombe souvent au contact des réalités.
Les attitudes et les comportements (seuls visibles pour les autres) et qui s’adaptent difficilement à la volonté de changer.
La création d’un deuxième moi : métamorphose psychologique volontaire dans Aller retour, rappelle la métamorphose physique involontaire de La Belle image. (Cahier Marcel Aymé n°7, p.145)

Les personnages :

Par ordre d’entrée dans le roman.
Justin Galuchey (30° ans) : comptable à la Maison Cosse, homme terne et passif, doux et serviable, modeste et court d’imagination. Il fut soldat de 1ère classe dans l’infanterie, prisonnier dans les premiers jours de la guerre 1914-1918. Il vit avec sa femme Apolline, rue des Vertus (p.107).
Apolline : épouse de Justin, résignée, au visage mou et disgracieux – dactylographe à l’origine, mais qui ne pratique plus, empêchée par de multiples grossesses improductives (p.107).
L’oncle Suprême : oncle maternel de Justin, éduqué au séminaire dont il a été chassé, il est revenu à Paris vivre de ses rentes après de multiples aventures en Amérique du sud et ailleurs (p.110).
Tante Irma : enterrée quatre ans plus tôt. Elle a inculqué de bons principes à sa nièce Apolline mais l’a laissée sans dot. Son ombre plane sur le couple (p.110).
« Le Bombé » (environ 40 ans) : Louis Lédella (du nom de sa mère, prostituée) bossu, au visage doux et intelligent, sans métier, commissionnaire, puis vendeur à la sauvette, enfin travaille dans un cercle de jeu (p.110).
Edmond Larouselle : un collègue traitant Justin de sombre idiot, socialiste et travaillant le moins possible, s’intéresse aux courses (p.113).
Mr Blanc (40 ans de service) : chef de service chez Cosse. Bilieux et sournois, il porte une verrue sur le nez (p.115).
Mr Lelong : directeur de la comptabilité, tyrannisé par son épouse à la maison, joue les businessmen américains au bureau (p.115).
Mr Cosse : le patron de la Maison Cosse (p.115).
Barillet : collègue de Justin, socialiste comme Larousselle, et travaillant le moins possible (p.115).
Germain : ami avec lequel Justin déjeune régulièrement. Il travaille dans une étude d’avoué (p.115).
Le père dont Justin a retenu les leçons, évoqué en pensée (p.116)
Un garçon de café avec lequel Justin se bat pour défendre un ivrogne (p.120).
Le patron du café de la rue d’Hauteville, qui met fin à la bagarre (p.121).
Ernest Lambriot : jardinier, ivrogne, pour lequel Justin se bat dans un petit café de la rue d’Hauteville (p.122).
Léonie : la femme d’Ernest Lambriot, évoquée par ce dernier (p.122). 
Ernest Ajolet : directeur de l’établissement « Le Cercle vert », rue Bergère – il propose un travail au « Bombé » (p.125).
Le père Bellonnet : voisin de palier de Justin, socialiste, adversaire du « Bloc national » dont Justin est partisan (p.129).
Lemaire (35 ans) : collègue de Justin, ancien garçon coiffeur, devenu comptable grâce à sa douceur et à sa persévérance (p.130).
Jeannerin : collègue de Justin, au visage bourru, gros yeux myopes, théosophe, grossier et mal embouché, dévoué à sa mère infirme (p.131).
Gorgeval (40 ans) : collègue de Justin, artiste lyrique raté, portant des lavallières, nasillant un rire imbécile au milieu de ses phrases (p.131).
Plume : collègue de Justin, congestionné et bedonnant, ne pensant qu’à manger (p.131).
Don Migul Calistrio et don Nuñez : deux généraux d’Amérique du Sud où l’oncle Suprême a passé une jeunesse aventureuse (p.139).
Mr Rasselène (50 ans) : père de Raymonde, ami de l’oncle Suprême auquel il rend visite quatre fois par semaine, timide et inquiet, ancien séminariste, catholique pratiquant, ayant une obsession. Cette obsession concerne le rôle joué par des causes infiniment ténues dans le déroulement des évènements (p.143).
Raymonde Rasselène (22 ans) : belle et toujours gaie, cheveux roux coupés à la mode, visage ovale, yeux pers trahissant une disposition secrète : le jeu (p.144).
Mr Hurder : ami de l’oncle Suprême, vieux huguenot sanglé dans sa religion (p.145).
Désiré Benjoin, dit « La Pomme » (20 ans) : associé du « Bombé » comme guetteur dans son entreprise de vente à la sauvette (p.151).
Rirette, la petite prostituée rencontrée au coin du boulevard de Clichy (p.182).
Alfred : un garçon de café, au coin du boulevard de Clichy (p.183).
La mère Bellonnet : voisine, qui a mal dans les genoux (p.184).
Alfred Jouquet : oncle d’Apolline dont le décès est annoncé par le notaire de Verizay (p.198).
La cousine Elisa : vieille cousine de Mr Rasselène, qui habite Vertus dans la Marne (p.206). Une amie de la famille Aymé, Marie Paolini, résidait à Vertus en 1926-28.
Mr Borniol : ami de l’oncle Suprême, capitaine au long cours retraité, pétulant et bavard (p.207).
Mr de Brelle : ami de l’oncle Suprême, magistrat, qui ne quitte jamais sa robe de juge tout à fait (p.207).
Mr Mosselet : ami de l’oncle Suprême, professeur d’économie politique, socialiste de la vieille manière, poursuivant un rêve dans des statistiques et ignorant la politique (p.207).
Louis Mosselet : jeune homme, fils du précédent, présent chez l’oncle Suprême, peintre au talent engangué dans la manière cubiste (p.207).

Les lieux :

La station d’autobus de la Porte Saint-Martin : où attendent Justin et Apolline Galuchey (p.108)
Le restaurant de la rue Turbigo : évoqué par Justin Galuchey (p.108)
Rue des Vertus (3e): domicile de Justin & Apolline Galuchey (p.108)

La rue des Vertus où habitent Justin & Apolline Galuchey

Rue Sainte-Apolline : où souhaiterait habiter Justin (p.108)
Rue Réaumur : où Justin accompagne sa femme (p.110)

Rue  Saint-Martin : descendue par Justin (p.110)

Rue des Gravilliers : où aboutit la rue des Vertus (p.111)
Boulevard Sébastopol (3e): où s’engage Justin (p.113)
La rue des Francs-Bourgeois (3e) : où se trouve le siège des bureaux de la Maison Cosse (p.115).

La rue des  Francs Bourgeois où se trouve la maison Cosse.
Rue d’Hauteville (10e) : où se trouve le café, lieux d’une bagarre déclenchée par Justin (p.120)

Rue Lafayette (9e) : sur le chemin de Justin après la bagarre (p.122)
  

Rue Bergère (9e) : où se trouve le « Cercle vert », établissement de jeu d’Ernest Ajolet. (p.125)
La Tour Eiffel : dominant le quartier où habite l’oncle Suprême (p.125)
Le carreau du Temple : où Justin s’achète une casquette de sport avant d’aller au bureau (p.130)
Avenue de la Bourdonnais : chez l’oncle Suprême qui y reçoit régulièrement ses amis (p.141)
L’église de la Trinité : devant laquelle passe Justin, un certain dimanche (p.162)

La rue Saint-Lazare (9e): où Justin attend Raymonde pour aller aux courses (p.162)
Saint-Cloud : où Justin se rend aux courses en compagnie de Raymonde (p.166)
Le carrefour de Saint-Germain-l’Auxerrois : où Justin rencontre sa femme, Apolline, puis Raymonde (p.173)

Saint-Germain l'Auxerrois

Le carrefour  de Saint-Germain l’Auxerrois

Rue Montmartre : empruntée par Justin et Raymonde pour se rendre au « Cercle vert »  (p.174)
Place Clichy : où Justin vient de dîner avec son ami Germain (p.181)
Boulevard de Clichy : où Justin offre un verre à « Rirette », une petite prostituée (p.182)
Chez « Brébant » : café au coin du boulevard et du faubourg Montmartre, lieu de rendez-vous fixé par Justin à Raymonde (p.190)

L’angle du Bd  et du Fg Montmartre – « Chez Brébant ».

Vertus (dans la Marne) : Raymonde annonce qu’elle va y rendre visite à une vieille cousine de son père (p.191)
Rue Cadet : au sortir du « Cercle vert » Justin y rencontre « Rirette » (p.193)
La gare de Lyon : où Justin débarque du train qui le ramène de Vérizay (p.203).
La Bastille, puis la République : par où passe Justin qui rentre chez lui à pied (p.203).
Boulevard des Filles-du-Calvaire : où les arbres ont déjà des bourgeons (p.203).
Le quai d’Orsay, au bout de la rue de la Bourdonnais – puis les quais et le Pont Neuf : chemin qu’emprunte Justin de retour vers ses anciennes habitudes (p.212)

Presse & Travaux :

Klassen Mildred : Thèse sur « Aller retour » de Marcel Aymé, soutenue devant l’Université d’Alberta (Canada), sous la direction du Professeur Robert Thornberry (1989).
Lord G. : « Aller retour. » Australian Journal. Mai 1980.
1927 : Germaine P. fait accepter chez Gallimard le manuscrit de Marcel Aymé, Aller-retour. (Les Jours de M.A.) http://www.atelierpdf.com/paulhan.sljp/acrobat/bio/biographiques22-43.pdf

Citations :

« Justin Galuchey, qui vivait tête basse sa vie d’employé famélique, avait une grande habitude du mépris de ses frères humains et, sous les rebuffades que lui valait sa déplorable bonne volonté, son regard avait appris le bout de ses souliers ». (Justin Galuchey)
La Pléiade vol.I, page 108.
 « Mais en lui était un esprit de rébellion contre lequel butaient les souvenirs maussades et Justin avait une grande surprise de l’hostilité qu’il éprouvait pour une vie acceptée, tout à l’heure, encore, sans amertume ». (Justin Galuchey)
La Pléiade vol.I, page 112.
 « … la soumission aux habitudes et la méfiance d’un inconnu dont il n’était pas curieux suffisaient à le garder d’un écart de conduite. » (Justin Galuchey)
La Pléiade vol.I, page 116.
 « Leur vie était parfaitement régulière, parce que leurs pensées et leurs désirs, ignorants de la fantaisie, étaient un jour comme l’autre ». (le couple Galuchey)
La Pléiade vol.I, page 118.
 « C’est le privilège des pauvres de n’être pas offensé par l’odeur de l’humanité. La puanteur des foules avoue la misère animale des hommes et c’est un peu de solidarité qui est aux gueux. » (Le « Bombé » dans le métro)
La Pléiade vol.I, page 123.
 « … la pitié c’est un peu d’amour d’eux-mêmes que les hommes dispensent à la solitude des miséreux ; blessante, on s’en délivre par l’insolence. Contre le rire on ne peut rien. Quand on est bossu, on ne se drape pas dans sa dignité ; le manteau épouse la forme du corps et marque une bosse, lui aussi. » (Le « Bombé » dans le métro)
La Pléiade vol.I, page 124.
 « il est plus facile de se reconnaître stupide que panard ou déjeté, la vanité étant plus sensible et par suite plus aveugle aux imperfections physiques qu’aux morales. » (Le « Bombé » dans le cercle de jeu)
La Pléiade vol.I, page 154.
 « Les choses rurales ont une valeur en dehors des mots, malgré la littérature qui s’obstine à chanter la nature en mètres usés. Demains, les bardes auront des chaînes d’arpenteur et chanteront l’emploi rationnel des engrais chimiques ou le meilleur rendement à l’hectare. » (Justin à Vérizay)
La Pléiade vol.I, page 200.

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