Maison basse

Marcel Aymé 
Œuvres romanesques complètes 
La Pléiade II (pp.167-332)

Contexte

Maison basse rédigé à partir de l’automne 1934 et durant les premiers mois de 1935, paraît en préoriginale, par épisodes dans le journal Marianne entre le 17 avril et le 19 juin 1935. Le roman est ensuite publié par Gallimard dans la collection blanche en juin de la même année.
Après la scandaleuse joie de vivre de La Jument verte (1933) et les nouvelles réalistes ou imaginaires pleines d’humour du recueil Le Nain (1934), Marcel Aymé surprend ses lecteurs en abandonnant le fantastique des œuvres précédentes pour traiter d’une façon assez sombre, d’un problème d’actualité dans Maison basse (1935).

Synopsis

L’action de Maison basse se déroule dans le quartier des Epinettes dans le dix-septième arrondissement de Paris, dans les années 30, sur fond de crise économique et après l’accession des nazis au pouvoir en Allemagne.
C’est l’histoire des locataires d’un immeuble parisien moderne et impersonnel, dont le point de repaire est la petite maison basse d’en face. 
L’histoire, jalonnée par les tentatives suicidaires obsessionnelles d’un locataire, débute avec le décès de la vieille fille âgée, propriétaire de l’immeuble et s’achève par la fin tragique d’une petite fille morte d’épouvante pour ne pas avoir osé appeler au secours.
Tout se passe dans une atmosphère d’indifférence voire d’hostilité entre les voisins de l’immeuble. Seule la petite maison basse se présente comme une oasis d’humanité.

Les thèmes

- L’opposition entre l’architecture personnalisée d’une petite maison en pierre traditionnelle et celle uniforme déshumanisée d’un grand immeuble de rapport en ciment armé.
- L’angoisse générée chez les siens par la conduite suicidaire d’un père de famille et par le cadre de vie sans âme qu’il leur a choisi.
- Les comportements de jeunes enfants (imagination dans les jeux et dépendance affective vis-à-vis des parents) et d’adolescentes (amitiés et amours). 
- Le courage d’une fillette qui assume des responsabilités trop lourdes pour elle et meurt d’épouvante pour ne pas avoir trouvé de secours chez les adultes.

Les personnages

Le roman comporte plus de 80 personnages, dont la plupart sont simplement évoqués dans des souvenirs ou des conversations. Une dizaine de personnages jouent un rôle majeur et parmi eux, celui de Pauline Jardin peut être considéré comme le plus important.

M. Josserand
 : professeur agrégé de Lettres, heurte un passant avec lequel il a une altercation (p.169)

M. Turel : chef de bureau, habite dans le même immeuble que M. Josserand avec lequel il a une altercation (p.169)

Des passants : se flattent de n’avoir rien perdu de l’incident (p.170)

Une « traînée » aux joues molles : qui vient de boire un mandarin curaçao (p.170)

Un agent qui veut s’entremettre avec bonhomie (p.170)

Un nègre qui s’écrie « j’étais là, j’ai tout vu » (p.170)

Fernande Butat : une lycéenne de 18 ans, accompagnée de sa mère (p.171)

Butat, le père de Fernande, évoqué par la mère de celle-ci (p.171)

Largière : collègue de M. Josserand qui a reçu la Légion d’honneur (p.174)

Edouard Herriot : ancien collègue de M. Josserand (p.174)

Mlle Martin : propriétaire de l’immeuble la concierge dont annonce le décès (p.175)

M. Lonjunier : locataire du 4e étage, qui explique à son jeune fils Léopold que tout n’est pas consommé après la mort (p.176)

Le fils Worb : porteur de culottes de golf et auteur de scénarios (p.177)

Clémentine Josserand, dite Clé (17 ans) : fille de M. Josserand (p.177)

L’ingénieur Jardin (35 ans) : voisin de palier de M. Josserand (p.179)

Pauline Jardin, l’épouse (depuis 12 ans) de l’ingénieur Jardin et ses enfants, Jeanne (10 ans) et Charles (4 ans) (p.180)

Alfred : habitant au septième étage avec son oncle clarinettiste (p.182)

Les parents de Mlle Martin : Mathieu Martin, manouvrier et Alphonsine Jalamoi, cités dans les registres da l’état civil (p.189)

Les descendants des Martin : Amandel, Asselin, Cochegrue, Duval, Fabien, Fondeur, Hersandieu, Illemard, Jouassin, Levy, Levy-Martin, Martin de Ramandille, Mignard, Millet, Millès, Montchat, Ounier, Priolat et Torsillac (pp.189-190)

Les descendants des Jalamoi : Marguerite Brocantel (Sœur Marie du Rosaire), William Wilson (éleveur en Australie) et Jalamoi (épicier à Paris, tendrement communiste) (p.190)

Le directeur de « L’Espérance » : propose à Jalamoi de partager l’héritage de Mlle Martin (p.191)

Une cliente : entre dans l’épicerie de Jalamoi pour acheter un demi-quart de café (p.192)

Les ouvriers qui procèdent aux travaux sur le canal Saint-Martin (p.198)

Un médecin aliéniste, d’autres spécialistes et un médecin de quartier, enfin le curé de sa paroisse consultés par M. Jardin (p.199)

Les sauveteurs recrutés par Pauline Jardin afin de contrer les tentatives de suicide de son mari (p.199)

Mme Maufle : la concierge de M. Jalamoi (p.200)

Eugénia : la blanchisseuse de fin (p.200)

Ploëffel : le cordonnier communiste, voisin de M. Jalamoi (p.200)

Pierre Chourier (37 ans) : le propriétaire de la maison basse, qui vit séparé de sa femme, Marie-Louise, et de son fils de 5 ans (p.203)

Le poinçonneur du métro : évoqué par M. Josserand et comparé à Minos ou à Rhadamante (p.208)

Bonneuil : collègue de M. Josserand qui signale un très bon programme à la Comédie-Française (p.211)

Les parents de Fernande Butat, camarade de Clé Josserand, qui tiennent un commerce d’alimentation près de la porte de Saint-Ouen (p.212)

Le boxeur nègre : dans les bras duquel succomba Fernande Butat sur une plage du Midi (p.212)

Un médecin compréhensif : chez lequel Fernande Butat fut conduite par sa mère au troisième mois de sa grossesse (p.212)

Les hommes qui regardent ou certains qui accostent Clé sur la place Clichy (p.213)

Les 42 élèves de M. Josserand : Druin et Salornier les plus doués (p.214) - Aberdame, Acrevin, Ambliaut, Armencion, Audugé, Balenrich, Bonenfant, Boulanger, Charvelet…les autres (p.215)
Les parents de M. Josserand : anciens bijoutiers vivant en Haute-Savoie, ils détestent leur bru, Pauline, mariée sans dot (p.218)

Les parents de Pauline : ils ont essayé de vendre leur fille à un vieillard pour refaire leur portefeuille épuisé par les fonds ottomans (p.218)

Jacques Chourier (5 ans) : le fils de Pierre Chourier, qui joue avec Charles au square des Batignolles (p.222)

Liliane Bourillard : locataire de l’ancien appartement de Mlle Martin, entretenue par un fabricant de chaussures de Fougères (p.231)

Caroline : jolie petite blonde qui fut la fiancée de Jalamoi il y a 40 ans (p.232)

Mouton : un autre élève cité par M. Josserand (p.233)

La fleuriste sourit à Clé Josserand et à Fernande Butat (p.237)

Francis le clarinettiste (la cinquantaine) : oncle d’Alfred (p.238)

Germaine Point qui traite Victor Hugo plus que terre parce qu’elle a un oncle qui écrit des vers libres, selon Butat (p.238)

Une marchande du marché de Saint-Ouen donne un abricot à Charles pour le consoler d’une écorchure qu’il s’est faite au genou en tombant (p.250)

Le chauffeur du taxi qui amène Liliane un mercredi soir aux premiers réverbères (p.252)

Un homme qui passe dans la rue devant l’immeuble et à qui Liliane demande l’heure (p.254)

Le fabricant de chaussures de Fougères, qui a installé Liliane dans le quartier des Epinettes (p.255) et qui, ruiné, finira par se suicider (p.257)

Les voisins de palier de Liliane : l’artiste peintre Hurtot du deux pièces sur cour et le vendeur d’automobiles (p.256)

Un homme affreux, voisin de l’immeuble : avait ri avec son nez lorsque le petit Charles, perdu dans les étages, avait donné des coups de pied dans la porte (p.261)

La chaisière du square des Batignolles, dont le visage est considéré par Charles comme un mystère irréductible (p.261)

Un employé dans un bureau poussiéreux du quartier de la Bourse : qui se montra entreprenant avec Liliane (p.270)

Crécusse : un ami d’autrefois de Liliane (p.270)

Charviel : collègue de l’ingénieur Jardin avec lequel celui-ci prétend avoir discuté de la crise (p.275)

Mme Levélan : professeur de morale de Clé Josserand, qui parle d’Epaphrodite et du stoïcien Epictète(p.276)

Louisette Curier : petite rousse au visage alerte, camarade de classe de Clé Josserand et de Fernande Butat (p.277)

Cadom : un des compagnons de Crécusse(p.286)

Jacot : qui s’inquiétait de ne pas avoir vu la grande Maria (Liliane) depuis un an (p.286)

L’homme à la casquette qui part en moto à la recherche de M. Jardin au bord du canal Saint-Martin (p.295)

Ginette (dite la petite Gigi) : achète une boîte de lait condensé dans l’épicerie de Jalamoi (p.305)

La marraine de Butat : qui a déménagé en juillet (p.317)

Un inconnu : vêtu d’un complet clair et portant un chapeau melon, entre dans l’épicerie de Jalamoi qui sera assassiné le jour suivant (p.319)

Les crieurs de journaux de la place Clichy (p.321)

Un garçon d’une dizaine d’années : détruit le jardin élaboré par Charles en jouant dans le square  des Batignolles (p.323)

Deux vieilles filles : sont assises sur des chaises à côté de Paulin Jardin dans le square de Batignolles (p.323) 

Un marchand de journaux passe devant le couple Jardin dans l’allée du square des Batignolles (p.326)

Les lieux

L’action du roman se passe pour l’essentiel dans les quartiers des Epinettes et des Batignolles, (17ème arrondissement de Paris), avec quelques incursions vers le canal Saint-Martin et dans le quartier des Enfants-Rouges (3ème arrondissement).

Paris La Place De Clichy 1932

La sortie principale du métro Clichy : où M. Josserand s’imagine être le poète Virgile remontant des Enfers (p.169)

Le Lycée Condorcet : où M. Josserand enseigne le latin (p.169)

Un zinc de la rue Biot : où une « traînée » aux joues molles venait de boire un mandarin curaçao (p.170)

La terrasse du café Wepler : dont les consommateurs se levaient pour suivre la discussion (p.170)

Le quartier des Epinettes : où se trouve la maison neuve dans laquelle habitent MM. Josserand et Turel (p.172)

La rue de la Jonquière : considérée par M. Josserand comme la Grand-Rue d’une ville provinciale (p.173)

L’avenue de Clichy : empruntée par MM. Josserand et Turel pour regagner leur habitation (p.173)

Le carrefour de la Fourche : sur le trajet de MM. Josserand et Turel (p.174)

L’avenue de Saint-Ouen : chemin habituellement suivi par M. Josserand (p.174)

Le passage Legendre ou le carrefour Marcadet-Balagny : où tourne M. Josserand (p.174)

Une remarquable petite maison basse à un étage, construite en pierre, encaissée entre deux immeubles de sept : point de repère de M. Josserand pour retrouver son immeuble situé en face (p.175)

 

Maison basse située en face du domicile de Marcel Aymé qui habitait depuis 1931 au huitième étage d’un immeuble situé 9, rue du Square Carpeaux (18e).

Saint-Joseph des Epinettes : où les habitants de l’immeuble vont à la messe (p.176)

Montauban : où habitait le Pr Josserand lors du décès de sa femme (p.178)

Le café de la Boule plate : évoquée par M. Lonjunier (p.184)

Dans La Vitrine 

Le canal Saint-Martin : situé à trois quarts d’heure de marche où M. Jardin tente de se suicider (p.189)

Saint-Quentin : où Mlle Martin, propriétaire de l’immeuble, était née en 1846 (p.189)

Quartier des Enfants-Rouges : où Jalamoi tient une épicerie dont la clientèle est pauvre (p.190)

Rue du Temple et rue de Bretagne : où les clients allaient plus volontiers (p.190)

L’immeuble des Epinettes : en ciment armé, visité par M. Jalamoi sous la conduite de la concierge (p.201)

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Le square des Batignolles : où Pauline Jardin emmène ses enfants (p.220)

La tranchée des chemins de fer de l’Etat qui jouxte le square des Batignolles (p.221)


Sainte-Marie-des-Batignolles : que la place Fillon sépare du jardin (p.221)

La salle à manger : où M. Jardin accueille M. Jalamoi (p.246)

Le bar de Montparnasse que Liliane vient de quitter (p.253)

Le carrefour des rues de la Jonquière, de Balagny et Legendre (p.266)

Rue de la Paix : où le père de Fernande Butat est allé acheter une montre sertie de diamants pour sa fille (p.279)

Des hommes bien nourris, bien vêtus qui prennent l’apéritif en compagnie de Crécusse au café La Boule plate (p.285)

Le couloir de la maison délabrée, la cour mal pavée et le logement du rez-de-chaussée : où Pauline Jardin va chercher de l’aide (p.295)

Le café voisin où Pauline Jardin téléphone à une agence de police privée qui lui assure son concours de façon régulière (p.295)

L’hôtel du Portugal, l’hôtel de Bourges et l’hôtel de Narbonne : évoqués par Ginette dans une conversation avec Liliane (p.305)

Le palier du 5e étage de l’immeuble où la petite Jeanne meurt d’épouvante (p.332)

Presse et travaux

Billy, André : L’œuvre (1935)

Charpentier, J. : Le Mercure de France (15 août 1935)

Daireaux, Marc : Le Journal de la femme (7 septembre 1935)

Fernandez, Ramon : "Maison basse de Marcel Aymé". Marianne (17 juill. 1935)

Haedens, Klébert : Les Cahiers du Sud (1935)

Jaloux, E. : Les Nouvelles littéraires (7 septembre 1935)

Kemp, Robert : La Liberté (8 juillet 1935)

Lang, André : Les Annales (25 juillet 1935)

Lalou, René : Les Nouvelles littéraires (29 juin 1935)

Loewel, Pierre : L’Ordre (29 juillet 1935)

Maxence, J.P. : Gringoire (5 juillet 1935)

Robert, Jean : Le Charivari (29 juin 1935)

Strowski, F : Le Quotidien (25 juin 1935)

X. : Le Figaro (22 juin 1935)

Citations

« Il n’avait pas besoin d’héroïsme pour résister à la menace d’une fortune qui eût rendu vains, et presque dérisoires, les efforts de toute une existence ». (M. Jalamoi, p.195)

« Je sens qu’il me manque un grand vide. » (M. Jardin, p.197)

« Ses regards résistaient à cette façade neuve où il ne découvrait ni l’effort de l’ouvrier qui l’avait construite, ni l’intention de l’architecte qui l’avait conçue. » (L’immeuble moderne vu par M. Jalamoi, pp.202-203)

« Ces gens qui habitent une maison sans visage n’existent pas pour leurs voisins. Ils sont retranchés de cette ébauche de communauté qu’est déjà une rue, parce qu’ils ne lui donnent rien. » (L’immeuble moderne vu par Pierre Chourier, p.206)

« Dans nos communes campagnardes, les gens n’ont pas besoin de tenir des réunions publiques pour se connaître bien. Les choses ont plus de sens que les paroles » (Pierre Chourier, p.207)

« .. j’ai beaucoup de raisons de vivre. J’en ai même d’excellentes. Mais il me manque la meilleure, celle qui n’en est pas une et qui vous suffit pourtant. » (M. Jardin, p.247)

« Les femmes  sont presque toujours seules pour pleurer et ce qui leur manque le plus, c’est peut-être un homme qui les regarde pleurer sans impatience, sans prendre non plus un air de circonstance, un air poli à vous couper en deux le sanglot le mieux venu. » (Pierre Chourier, p.265)

« Ah ! Les hommes sont heureux. Ils font des idées avec n’importe quoi. » (Pauline Jardin, p.299)

« En face, la maison basse, tous ses volets clos, lui rappela certaines demeures campagnardes sommeillant au milieu des moissons accablantes ». (Jalamoi, p.321)

«  Pour moi, cet immeuble est incomplet, grossièrement incomplet. Je ne vois pas les défauts de son architecture, mais je sais qu’il est réduit à sa fonction essentielle : abriter ses locataires de la pluie, du vent, du soleil, de la curiosité, et qu’il n’est rien de plus. » (L’immeuble vu par l’ingénieur Jardin, p.327)

« A l’aube, comme elle partait en vacances avec M. Josserand, Clé découvrit sur le palier le corps presque froid d’une petite fille morte d’épouvante, qui n’avait pas voulu appeler au secours ». (p.332)

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